où l'on reparle du barrage de Poutès...

Publié le par CAP 21 Auvergne


Sous la houlette de Jean Louis BORLOO et Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, le ministère de l'écologie, de l'aménagement et du développement durable réfléchit à l'avenir des barrages français. Le plupart de nos barrages vont arriver au terme de leur concession dans les 20 prochaines années. Que faudra-t-il en faire? Ré-investir pour leur donner une nouvelle jeunesse, mais pour quel coût et quelle durée? Démanteler pour investir dans le retour de la ressource naturelle en poisson, algues, écrevisses etc... de plus en plus rares et recherchés? Trouver des solutions mixtes?


A travers l'exemple du barrage de Poutès, une note (trop rapide) du ministère essaie d'exposer l'importance de facteurs qui ne sont pas pris en compte et qui ont pourtant de lourdes conséquences en termes économiques. En effet, on doit s'effforcer de chiffrer les pertes d'activité liées à la raréfaction de la biodiversité des rivières.
C'est ce que tente d'approcher cet article... où l'on apprend que Poutès nous priverait chaque année plus de 4,6 millions d'euros d'activité, dans l'hypothèse d'un bon repeuplement par les saumons mais sur la base de chiffres minimalistes...

Le maintien du barrage de Poutès pour trente années de plus (durée demandée par EDF) génèrerait une perte cumulée de 138 millions d'euros (quasiment un milliard de francs, ou encore 100 milliards d'anciens francs)! Tout ça pour 50 MWatts et deux ou trois emplois?
On peut quand même y réfléchir 5 minutes avant de signer, non?

Pour mémoire, on peut relire la contribution de CAP21 à l'enquête publique


Résumé de l'article :


L’analyse socio-économique des projets hydrauliques :
le cas du barrage de Poutès

Article paru dans la Lettre Évaluation n°13 - Septembre 2007

L’analyse socio-économique d’un renouvellement de concession d’un barrage hydroélectrique repose sur deux paramètres clés : d’une part, l’appréciation des coûts d’effacement, d’autre part, la valorisation des aspects non marchands. Or, si l’on sait estimer de manière précise le coût de remplacement du barrage, l’évaluation des coûts et bénéfices non marchands demeure incertaine. En posant les termes du débat, elle apporte néanmoins un éclairage important pour la décision publique. Cette démarche est présentée à titre d’exemple pour le barrage de Poutès sur l’Allier.

La concession hydroélectrique de Monistrol d’Allier comprend deux chutes hydroélectriques : la chute Allier avec le barrage de Poutès ; la chute Ance du Sud constituée de deux barrages (St Préjet, Pouzas).

Si, pour ces deux derniers barrages, le renouvellement ne soulève pas de problème environnemental majeur, il n’en est pas de même pour celui de Poutès. Son positionnement sur l’Allier nuit à la sauvegarde du Saumon atlantique, notamment lors de la dévalaison des jeunes saumons. Or, le saumon atlantique du bassin de la Loire est inscrit sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN).


L’étude économique et énergétique du concessionnaire EDF.

Selon EDF, le coût du démantèlement s’élèverait à 56 millions d’euros dont 30 millions d’euros pour le barrage de Poutès (payés une fois pour toutes, puisqu’il s’agit de travaux) En revanche, le maintien du barrage n’aurait qu’un coût de 1,2 million d’euros. Ces coûts sont évalués en faisant l’hypothèse que l’éolien serait l’unique moyen de production alternatif. Compte tenu de l’intermittence du vent, la production éolienne n’est pas toujours régulière, à l’inverse du barrage qui permet de stocker l’énergie afin de la restituer aux périodes de pointe de la demande. Ce choix n’apparaît pas comme pertinent et l’estimation d’EDF devrait donc être refaite selon la méthode tarifaire (prix du kwh électrique) ou la méthode du coût marginal de production. Toutes deux donnent des résultats similaires.

La prise en compte des bénéfices non électriques (non marchands dans le texte)

L’analyse socio-économique met en balance les coûts et les bénéfices, marchands et non marchands, que la société peut tirer d’un projet. Si EDF valorise généralement les tonnes de CO2 évitées par la production du barrage, elle omet souvent de valoriser les autres atteintes à l’environnement, comme l’impact des barrages sur les populations piscicoles. Or on doit aujourd’hui tenir compte de l’objectif de la loi et de la directive sur l’eau, qui fixe le retour au « bon état écologique » des eaux de rivière en France en 2015.

Evaluer les coûts et les bénéfices de l’effacement éventuel du barrage de Poutès Monistrol d’Allier devient alors incontournable.
La D4E (division de l’Eau du ministère) a simulé trois scénarios en fonction d’hypothèses de réapparition du saumon :


* Scénario 1 : l’effacement du barrage autorise le rétablissement de la population de saumons à un niveau suffisant pour la pêche. On évalue dès lors le bénéfice annuel de la pêche au saumon à 1 728 000 €/an. S’ajoutent d’autres activités, générées par la valeur et l’intérêt patrimonial du saumon : hébergement, visite, tourisme, produits locaux etc… Elle sont estimées à 2 928 750 €/an. Le total de l’activité générée par le saumon de Poutès serait donc de 4 656 750 €/an sur un bassin de 700.000 habitants.
  
* Scénario 2 :
pas de pêche mais une valeur patrimoniale, soit 2 928 750 €/an. Mais on peut néanmoins souligner que la rareté du saumon dans ce scénario 2 devrait conduire à lui conférer une valeur patrimoniale plus élevée que dans le scénario 1.

* Scénario 3 : dans cette hypothèse, l’effacement du barrage a un impact trop limité sur la population de saumons pour autoriser
à nouveau la pêche au saumon. La valeur patrimoniale de la rivière est elle aussi trop basse pour être exploitée par des habitants du bassin versant. Dans ce scénario, les bénéfices non marchands sont nuls.

Au final, solution du maintien du barrage ne tientn qu’à la condition que les bénéfices non marchands soient nuls. Cet exemple montre la nécessité de parfaire le chiffrage des externalités notamment en ce qui concerne les coûts et les bénéfices non marchands.
Contact : Christohpe Lesieur


Intégralité de l'article à lire sur le site du ministère :
http://www.ecologie.gouv.fr/L-analyse-socio-economique-des.html

Publié dans l'EAU en Auvergne

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Pierre 08/01/2008 10:00

comment se fait-il que ce document n'ait pâs été évoqué dans la presse locale et par les édiles politiques?merci à CAP21 de nous donner l'information.Pïerre