à propos du CPE

Publié le par Corinne Lepage



Examen de conscience, par Corinne LEPAGE



La question des conditions de gestion de la crise du CPE est en train de l'emporter sur le fond du débat lui-même. En effet, le CPE s'il ne comportait pas le droit de licencier sans motif, ce qui est une aberration à la fois au regard du droit français et aux conditions de fonctionnement d'une entreprise normalement constituée et s'il avait vu réduire la période probatoire à six mois aurait constitue incontestablement un progrès par rapport aux successions de CDD et de stages peu ou pas rémunéré qui sont aujourd'hui proposés à notre jeunesse.

 
Mais, le débat s'est largement déplacé vers les conditions de la gouvernance et la généralisation d'une politique de passage en force sur tous les sujets de société. Nous ne sommes manifestement plus en démocratie lorsque les partenaires sociaux ne peuvent débattre des sujets qui les concernent et encore moins en décider . Nous ne sommes pas en démocratie lorsque 80 % des Français ne veulent pas d'OGM et que le parlement s'apprête à voter la loi la plus laxiste d'Europe (avec le soutien mou  du PS qui médiatise une opposition de façade dans les régions mais ne dépose aucun amendement au Sénat).

 
Nous ne sommes pas en démocratie lorsque le en matière de sûreté nucléaire, le gouvernement en revient à la situation des années 70 d'un lobby nucléaire tout-puissant, sans aucun contre-pouvoir, alors que seulement 8 % des Français (soit un score très inférieur à la moyenne européenne qui est de 12 %) sont prêts à investir dans le nucléaire.

 
Nous ne sommes pas en démocratie lorsque le lobby autoroutier est en train de d'obtenir, avant l'échéance de 2007, la relance de tous les vieux projets abandonnés dans les cartons depuis 30 ans, alors même que la priorité absolue des fonds publics devrait être le rail.
Les conditions de mépris dans lesquelles sont tenus les Français et en particulier les jeunes qui n'ont strictement aucune place dans le système institutionnel pour s'exprimer sont devenues insupportables et c'est ras-le-bol massif qui s'exprime dans les manifestations anti CPE.

 
Je ne peux pour ma part que me trouver du côté des jeunes qui sont notre avenir et à l'égard desquels un examen de conscience approfondi de notre génération serait particulièrement bienvenu.

 
En effet, comment nous sommes nous comportés lorsque nous regardons les dégâts environnementaux, sanitaires et même économiques si l'on s'intéresse à la dette publique, que notre mode de consommation a généré.

 
Cela ne signifie pas qu'il faille être d'accord avec le blocage des facultés lorsque une majorité d'étudiants qui est opposée ou  avec les actes de violence quels qu'ils soient.

 
Mais, globalement nous devons être solidaires nos enfants qui nous renvoient de manière très crue l'image de la société du tout-jetable à laquelle nous avons peu ou prou contribué.

 
Comprendre, puis chercher ensemble des solutions qui bien entendu ne peuvent se trouver qu'en étant pragmatique et réaliste et en partant de ce qu'est la réalité économique d'aujourd'hui.

 
Ceci ne nous dispense pas de rechercher l'intelligence collective, de dynamiser chacun et de rechercher globalement un projet collectif qui ne peut comme son nom l'indique être que le fruit d'une élaboration commune et non le fruit d'un diktat qui ne laisse la place au dialogue que dans la virtualité.
Le sujet le plus important aujourd'hui est bien celui-ci de définir les bases d'une nouvelle gouvernance qui implique une sixième république qui laisse toute sa place à la société civile.

 
Sans cette transformation initiale, qui permettra aux de mettre en place des réformes dans lesquelles les perdants ne sont pas toujours les mêmes, il est impossible que la confiance, base indispensable d'un redémarrage de la société française, puisse s'établir.

Corinne LEPAGE

 

Publié dans Billet

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Alexis 27/03/2006 16:11

DES OBSERVATEURS NEUTRES DANS LES A.G.
Je rejoins Chevalier Bougnat : on peut être d'accord ou pas avec le CPE, son impact reste mince face au chômage.
Qui plus est, le droit de travailler libtrement ne peut être ainsi baffouer par le droit d'empécher les autres... C'est un déni pur et simple! Inadmissible!
Le débat sur le CPE prend la même tournure que le référendum : on n'entend plus que les démagogues. Plus un propos nuancé, plus de rechecrehde solution. Seulement le refus en bloc. Pour des syndicats qui se disent demandeurs de dialogue, ça laisse rêveur. C'est vrai qu'en l'occurence, c'est de Villepin qui a tiré le premier : le passage en force de son projet de CPE, au mépris de toute concertation, est digne d'une époque révolue. Il a stimulé et déchaîné contre lui les foudres d'une opposition jusqu'ici inexistante. Sur la forme, de Villepin a tout faux. Il devrait remettre au débat ce projet. De l'autre côté, on trouve en miroir une rigidité tout aussi pathétique. Les conservateurs syndicalistes, campés sur un "NON" très télégénique, se paient à peu de frais un préchauffage pour la campagne 2007, médiatisant quelques jeunes figures mignonnes mais tout aussi dénuées d'idées que les aînés... 92% du temps de parole accordé aux étudiants l'étaient aux anti-CPE (cf. Arrêt sur Images ce jour). Et dans les 8% restant, les plus nombreux sont ceux qui pensent qu'avec ou sans CPE ça ne changera pas grand chose. Bref... maintenant que de Villepin finit par accepter de discuter (enfin) l'UNEF et Cie rétorquent "c'est trop tard, on veut plus".... NOn mais ils veulent aboutir ou non? Par quel genre d'irresponsables sommes nous représentés? QUi a voté pour eux? Le vote dans les AG, voilà une tradition bien peu démocrate :moi aussi j'ai fait les grèves étudiantes et je sais très bien comment ça se passe. Il y a dans les universités un véritable oukkaz contre la démocratie : ce serait un vrai projet de faire suivre les votes et les soit disant AG par des observateurs neutres : on verrait alors que la Biélorrusie ou la Corée ne font pas pire en matière de vote truqués! Je suis pour le droit de grève, pour les syndicats, pour la liberté d'expression. Et je suis aussi pour les coups de pieds au cul de ceux qui nous confisquent notre pays , notre liberté et qui privent notre université d'une vraie initiation à la démocratie. Alors je réclame des observateurs dans les AG et des votes dont on puisse savoir s'ils ont été conduit régulièrement ou non...

Alexis

chevalier_bougnat 26/03/2006 09:51

Même si je suis opposée au CPE, je n'adhère pas du tout au mode d'action des étudiants qui empêchent tous les collègues de passer leurs examens. Facile pour des gens qui n'ont rien à perdre de bloquer les facs mais il y a des gens dont l'avenir dépend de leurs examens et qui risquent de rater leur année à cause de ce foutu blocage.
Je suis étudiante et j'ai fait toutes les manifs du début du mouvement car à ce moment là les paroles étaient en adéquation avec les actes mais aller aux AG c'est se rendre compte de la tournure radicale qu'on pris les choses. Je suis écoeurée de constater que les étudiants de la fac de Lettres (ma fac) qui a toujours été le lieu de fermentation des vieilles idées soixante huitardes alors que ça fait un bail que mai 68 c'est terminé, je suis écoeurée de voir que mes chers collègues étudiants agissent comme le gouvernement qu'ils fustigent : sans écoute de propositions alternatives ou plus modérées et en étant tous persuadés de prêcher la bonne parole.
Comment peut on croire qu'on va changer tout le système ? C'est vraiment être naïf que de croire que notre vie va changer juste parce que le CPE sera retiré. CPE ou pas, les facs resteront des usines à chomeurs. Alors il serait temps de calmer le jeu et d'arrêter de pénaliser tous ceux qui veulent travailler, quelque soit l'avis sur le CPE, ça s'appelle le respect mais il faut croire que mes chers collègues enfiévrés par les discours d'extrême gauche et les 3 semaines de blocus aient oublié cette donnée et aussi le fait que les extrêmes et les solutions radicales doivent être rejetées qu'ils viennent de gauche ou de droite.
Naïveté, quand tu les tiens...

Erice Langermann 24/03/2006 19:23

Bonsoir à tous,  Corinne Lepage est toujours pertinente et souvent brillante, mais là je dis trois fois bravo ! Pourquoi ? Parce qu'elle met le doigt sur ce qui paralyse notre pays et notre société depuis tant d'années,mais aussi, et ce sera l'objet de mon propos, parce qu'elle met en lumière l'intolérable banalisation du "foutage de gueule" du "puissant" sur ses congénères ! (pardonnez l'expression) Bien sûr, nous autres citoyens des classes moyennes vivons depuis des années cette situation au quotidien : quels progrès dans quel domaine depuis 5 ans ? Cependant je veux vous soumettre un fait qui ne tient pas forcément du hasard : Je suis élu au CE d'une grosse boite, très riche et très prospère, qui a comme valeurs premières l'intégrité et le développement de ses collaborateurs, et elle aussi comme tant d'autres a adopté une attitude arrogante depuis plusieurs années. L'entreprise est tenue par la Loi à présenter un certain nombre de documents, de consulter le CE, de l'informer.  Et le constat est frappant : Depuis plusieurs années, on est passé d'un dialogue social constructif et respectueux à cette même attitude méprisante que dans les relations gouvernement/société civile : on tire d'abord, on discute ensuite. A tel point qu'il y eut finalement un ras le bol, et pour la première fois élus modérés que nous sommes et les syndicats unis se sont retrouvés pour dénoncer ce fait de manière argumentée dans une "lettre ouverte à nos dirigeants" (lettre dont la teneur ressemble trait pour trait au message de Corinne dans une version "dialogue social dans le privé", autre troublante coïncidence). Suite à ces évènements nous avons obtenu une attitude là aussi exactement identique à celle visible sur la place publique : D'abord la proposition de rediscuter des sujets en litige mais alors que tout est déjà joué, et de l'autre le refrain du "nous sommes à votre écoute". Bref, vous seriez absolument BLUFFES par la similitude des situations,d'autant que l'on retrouve dans l'entreprise les mêmes comportements que dans la société : les naïfs, les pro-medef-sans-s'en-rendre-compte, les profiteurs, et une proportion de plus en plus forte de démotivés. Je vais m'arrêter là, mais ces recoupements - que des sociologues ont fait mieux que moi avant moi - montrent qu'au travail comme à la maison, et même jusque dans les associations, on vit la même situation de mépris et d'injustice, qui s'étend toujours plus, toujours plus... devons-nous rester silencieux ? NON ! Ceci justifie que nous soyons solidaires les uns des autres pour sauver notre minimum vital d'humanité, que des règles existent et que le respect est dû à chaque être, et de faire comprendre qu'on ne nous marchera plus sur les pieds sans conséquences ! Eric LANGERMANN, CAP 21 Alsace