“Immigration choisie” ou la virile pudibonderie

Publié le par Alexis Monjauze


Demain l’assemblée nationale votera le projet de loi sur l’immigration aussi appelé “loi pour une immigration choisie”...
Ce beau vocabulaire est un emballage produit par des ténors de la communication et du packaging politique. Oui, on peut choisir notre immigration, rendez vous compte : cela atteste que nous sommes un pays ouvert et tolérant... mais qu’en même temps nous refuserons ceux qui ne disposent pas des compétences que nous voulons...

Tentant, très tentant... Car après tout, c’est bien vrai : d’autres pays, le Canada par exemple, choisissent aussi leurs immigrés. Pourquoi pas après tout? Je ne suis pas choqué qu’un pays cherche à mettre en adéquation ses besoins et la demande immigrante. Ou serait le mal?

Mais de là à prétendre que cela suffit pour construire une politique des migrations... n’est-ce pas un peu court?

Rappelons nous une autre idée qui revient souvent dans nos conversations à propos de la “fuite des cerveaux” ou de “la matière grise” vers les Etats-Unis... Nous délivrons  de bons diplômes, d’excellents chercheurs, de grands artisans.... lesquels partent pour les Etats-Unis où leurs conditions de travail et l’intérêt des entreprises ou des pouvoirs publics sont plus attrayants.

Nous dirons “fuite des cerveaux” ou “immigration choisie”, selon que l’on regarde la question d’une rive de l’Océan ou de l’autre.
Avec l’Afrique comme avec l’Amérique, il y a un problème. C’est trop facile de changer son fusil d’épaules. Et surtout : nous n’avons rien compris aux migrants!

De tout temps les gens sont passés d’un pays à l’autre, pour trouver de meilleures conditions de vie, pour fuir une guerre ou une famine, pour courrir vers un rêve... Comment ce fait anthropologique peut-il être réduit dans une politique nationale unilatérale à une loi sur l’immigration? Choisie ou non, ce n’est même plus ça la question.

La question, c’est que les migrations pourront peut-être se réguler si deux pays s’entendent sur les solutions à leur problème commun... alors que seuls, ils pourront au mieux dissimuler les flux en créant des clandestins.

Je suis effaré de voir chaque jour ces milliers d’africains qui se lancent à l’assaut des Canaries ou de Ceuta pour accéder en Espagne et ensuite en Europe. Avez vous vus les risques qu’il prennent? Ils sont prêts à mourrir pour passer de l’autre côté! Tellement c’est dur chez eux, tellement l’Europe les fait rêver...
Et notre Europe répond en se barricadant, avec des barbelés, des miradors, des “Guardia civil”... Est-ce cela que nous nommons notre “Chère Europe” ?

L’Europe fortifiée.... pour ceux qui ont plus de 30 ans, cela devrait tout de suite nous rappeler autre chose...
Des gens prêts à passer des barricades, à se faire tirer dessus ou à se noyer pour passer de l’autre côté. Combien l’ont fait pour quitter Berlin Est ou la Russie soviétique? Combien sont morts pour leur liberté, morts avec les honneurs de l’Ouest qui voyaient en eux de héros. Des héros qui nous réconfortaient tellement... Puisqu’ils venaient à l’Ouest au péril de leur vie, c’était donc pire de l’autre côté... Ils étaient bien accueillis, plébiscités, instrumentalisés : les victimes du communisme ont nourri nos certitudes. Leurs malheurs attestaient que nous étions dans le camp des chanceux.
Les communistes avaient le mur de Berlin. Et nous avions notre conscience.

Plus aujourd’hui. Car aujoud’hui, le mur c’est nous qui le faisons...

Aujourd’hui ces émmigrés là n’ont plus aucune fonction alibi ou faire-valoir. Ils ne sont pas les victimes d’une idéologie opposée qui se dresse face à nous ou nous défie. Par contre, ils sont si nombreux... Ces immigrés là ne nous rassurent pas, ils nous font peur. Ils viennent pour prendre aussi leur part au festin, vivre leur rêve d’une vie agréable et libre...

Ca pose la question du partage entre eux et nous.
La question des relations étrangères.
La question du développement des pays pauvres ou de l’attraction des pays plus riches...

Trois questions qui attestent que dans une politique de l’immigration on doit forcément trouver des réponses à la solidarité NORD-SUD, à la pression de l’OMC ou des lobbys économiques, à la politique africaine de la France etc...
Sans ça, on continue le saupoudrage et on se prépare des insomnies.

Publié dans Billet

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lili 17/05/2006 08:04

Ne faudrait-il pas consulter le peuple par référendum pour qu'il fixe les principes de la politique migratoire qu'il souhaite voire mise en oeuvre au cours des 5 ou 10 prochaines années? Ne serait-ce pas le meilleur moyen de désarmer les Le Pen et consorts?