Justice et vérité pour l'Imam Moussa Sadr...

Publié le par CAP 21 Auvergne

Depuis que la Libye occupe le premier plan de l’actualité depuis le 17 Février 2011, les opinions publiques du monde entier apprennent chaque jour de nouveaux méfaits commis par le dictateur libyen.
Le crime abominable perpétré en 1978 par Kadhafi contre un Homme de Dieu, l’Imam Moussa Sadr, dépasse l’entendement.


Un Homme de paix et de dialogue.


- Sayed Moussa Sadr est né le 15 Avril 1928 à Qom en Iran. Il obtient en 1956 une licence de Droit islamique à l’Université de Téhéran, puis retourne à Qom pour y étudier la théologie et la philosophie islamique, avant de s’installer à Najaf (Irak) où il poursuit ses études.

En 1955, il se rend pour la première fois au Liban, où il reçoit les enseignements du chef spirituel des chiites libanais, l’Ayatollah seyed Abdol Hossein Charafeddin qui mourra en Décembre 1957. Deux ans plus tard, Moussa Sadr s’installe dans la ville de Saïda au Liban et il commence à exercer un ministère spirituel à très forte tonalité sociale en créant des écoles pour les deux sexes, des orphelinats, des hôpitaux et des associations culturelles. En 1967, il fonde la Haute Assemblée des Chiites du Liban, afin notamment de permettre aux chiites libanais de peser sur la vie politique de ce pays qui ne leur laissait aucune place. Immédiatement, cet Imam séduit le Liban et compte des partisans bien au-delà de la communauté chiite, jusque parmi les chrétiens et les druzes. Son volontarisme social, son sens inné de la diplomatie, sa volonté inébranlable d’instaurer les conditions d’un dialogue interconfessionnel et intercommunautaire dans un pays déjà menacé par la guerre civile, confèrent à cet Imam une stature d’Homme d’Etat.

Moussa Sadr déclenche une grande grève au Sud-Liban en 1970 (qui s’étendit ensuite à tout le pays) et obtient des autorités libanaises, la création du « Conseil du Sud » ( Majlis al Janoub), dont la mission consiste à  améliorer les conditions de vie des habitants du Sud-Liban, victimes du conflit israélo-palestinien. Insistons bien sur un point : L’action politique de ce Conseil se situait au dessus des clivages partisans et avait pour but premier de sortir le Sud-Liban de l’état de pauvreté dans lequel il se trouvait alors.

Mais l’Imam Moussa Sadr est surtout connu pour son action inlassable menée en faveur du dialogue islamo-chrétien, préalable à l’ouverture de négociations entre le camp chrétien-maronite au pouvoir et les autres communautés (sunnites, druzes et chiites). Deux gestes majeurs accomplis par l’Imam Moussa Sadr, incarnent véritablement l’esprit de tolérance qui caractérise une grande partie des fidèles musulmans : En 1963, l’Imam Moussa Sadr assiste en tant que Président du Conseil supérieur des Chiites libanais, à l’intronisation du Pape Paul VI, puis le 19 Février 1975 (quelques  mois avant la guerre civile libanaise) l’Imam Moussa Sadr inaugure les sermons du Carême en la cathédrale Saint-Louis de Beyrouth, devant une foule de fidèles chrétiens et musulmans ; cet Imam fut aussi un ami de l’évêque grec-catholique Raymond Haddad.

En 1975, pour protéger les populations chiites du Sud-Liban, l’Imam Moussa Sadr créera la milice d’autodéfense « Amal » ( ‘’Espoir islamique’’). C’est d’une scission de cette milice (devenue depuis un parti politique dirigé par Nabi Berri), que naîtra l’actuel Hezbollah. Lorsqu’au cours de cette même année une guerre civile éclate au Liban opposant les phalangistes chrétiens maronites assistés de quelques sunnites soutenus par Israël et les USA à la coalition islamo-progressiste englobant l’OLP, le Parti Socialiste Progressiste de la famille Joumblatt et des chrétiens pro-syriens, l’Imam Moussa Sadr refuse d’engager son mouvement dans les combats, au motif que « l’arme ne résout pas la crise, mais augmente la déchirure de la Nation ». Durant les débuts du conflit, il tente même de jouer un rôle de médiateur entre les parties au conflit.

Après l’invasion du Liban-Sud par Israël en Mars 1978, l’Imam Moussa Sadr entreprend une tournée diplomatique au Moyen Orient, pour tenter d’obtenir une position commune du monde arabe permettant de trouver une issue au conflit et de faire libérer les territoires occupés par l’ armée israélienne.

L’ assassinat en Libye.


- L’Imam Moussa Sadr se rend en Libye le 25 Août 1978, en compagnie de cheikh Mohamed Yacoub et d’un journaliste nommé Abbas Bader El Dine. Les trois hommes disparaissent définitivement à partir du 31 Août …

Trente trois ans plus tard, en pleine révolution libyenne, Abdel Moneim Al- Honi, diplomate libyen en poste auprès de la Ligue Arabe et passé à la rébellion, déclare officiellement au quotidien panarabe Al Hayat, ce que personne ne voulait croire : Kadhafi et sa clique ont fait assassiner l’Imam Moussa Sadr et ses compagnons quelques jours après son arrivée en Libye, puis le corps de l’Imam a été transporté dans l’avion personnel de Kadhafi pour être inhumé en plein désert, dans le secteur de Sebha. Peu de temps après ce « transfert », le pilote de Kadhafi, Najmeddine Al Yaziji, a lui-même été éliminé par les renseignements libyens, pour qu’il ne parle pas.

Or, Kadhafi et les autorités libyennes ont toujours affirmé que l’Imam Sadr avait quitté la Libye vivant et qu’il avait disparu à Rome (où son passeport a d’ailleurs été retrouvé en 2004).
L’Italie a toujours démenti l’arrivée sur son territoire de l’Imam et de ses compagnons.

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer l’assassinat de l’Imam Moussa Sadr par les libyens :

Kadfhafi aurait agi à la demande de dirigeants palestiniens et syriens, qui souhaitaient éliminer cet Imam tolérant, social et devenu hostile aux menées des groupes palestiniens dans le Sud- Liban qui portaient tort à la communauté chiite.
D’aucun vont même jusqu’à affirmer que ce seraient les Etats-Unis qui auraient demandé à Kadhafi d’exécuter Moussa Sadr, pour empêcher une révolution chiite généralisée dans le monde musulman. Le mystère demeure pour l’instant complet.

Toujours est-il que ce crime inouï d’un chef spirituel musulman en Terre d’Islam n’est pas prêt d’être oublié et si Kadhafi est un jour jugé devant une Cour Pénale Internationale pour les crimes qu’il a commis –ce qui ne serait que justice-, il devra s’expliquer tout particulièrement sur cette question.

En Juin 2001, les proches de l’Imam Moussa Sadr et de ses compagnons d’infortune ont déposé une plainte contre Kadhafi devant la justice libanaise. Le 27 Juillet 2004, le fils de l’Imam , Sadreddine Sadr, ainsi que les épouses de Mohamed Yacoub et de Abbas Bader El Dine, ont déposé à nouveau une plainte auprès du Procureur Général du Liban, Adnane Addoum, contre le chef de l’Etat libyen, l’ancien Premier Ministre Abdel Salam Jalloud et l’ancien ambassadeur de Libye au Liban, Achour-Al Fartas.

En Aôut 2008, la justice libanaise a lancé un mandat d’arrêt international contre Mouammar Kadhafi et contre des personnalités libyennes de haut rang, pour « complicité d’enlèvement et d’assassinat ». Ce jour là, le Mouvement Amal organisait une manifestation géante à Nabatiyeh, un fief chiite du Sud-Liban, pour interpeller le gouvernement libyen sur cette question.
Le 4 Mars 2011, la Haute Cour de Justice libanaise se prononçait encore sur cette affaire.

Le 2 Janvier 2008, le média algérien « Alwihdainfo.com » prétendait pourtant que l’Imam Moussa Sadr était encore vivant et incarcéré en Libye. Un « témoin » cité par cette source aurait rencontré l’Imam ‘’par coïncidence’’. Cette révélation, qui reste à vérifier, s’inscrit dans la droite ligne des déclarations faites en Août 1999 par la sœur de l’Imam Sadr, Rabab Sadr, selon laquelle, son frère « est toujours en vie et emprisonné en Libye ».

Quoi qu’il en soit, la perfidie de Kadhafi a privé le monde entier de la présence d’un Homme  de paix et de dialogue et d’un grand théologien musulman. Si l’Imam Moussa Sadr n’avait pas « disparu » en Libye en 1978, parions que cet homme aurait pu changer la face du Moyen Orient. Lorsqu’on se rend au Liban, on peut encore aujourd’hui voir son portrait affiché sur les murs des quartiers Sud de Beyrouth (et ailleurs aussi…). Il a rendu sa dignité à la société chiite libanaise et inscrit son nom dans un islam de paix. Epris de justice, infatigable pèlerin, l’Imam Moussa Sadr a dérangé trop de monde pour pouvoir espérer mener une vie paisible. Il ne le souhaitait d’ailleurs pas. Toute sa vie ne fut qu’engagement et sacrifice.  

David Frapet

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F 24/04/2011 17:51



Il faut faire tourner sur des sites et autres ... cet article et mêmes des photos de l'Imam Musa Sadr Libanais !


 


Il faut que le monde sache qui est cet homme dont on parle très peu parce qu'il a disparu en 1978 !


 


Justice pour le plus grand Imam Libanais !!