Le flicage d'Internet en France prend une tournure chinoise, par Alexis MONJAUZE

Publié le par CAP 21 Auvergne


Politiques et journalistes : tous contre la liberté sur Internet?

La liberté dont nous disposons tous dans l'espace virtuel d'Internet est utilisable par tous depuis 15 ans. Depuis 2007 la majorité des foyers de France en est équipé (63% aujourd'hui).

Ces espaces virtuels ont bien sur une fonction cathartique, défouloir. On peut y trouver de tout, du pire et du meilleur. Mais c'est toujours l'expression d'êtres humains...
Internet permet aussi d'accélérer les synergies, les rencontres, les collaborations. Professionelles, personnelles, militantes, artistiques etc...

Internet apporte des gains de productivité considérables dans nos communications. Les entreprises et les collectivités qui l'utilisent mesurent pleinement les services rendus et le temps gagné.

Internet permet aussi de limiter ou d'éviter des déplacements. Il contribue donc fortement à la réduction des émissions de gaz à effet de serre sans que cette contribution soit, à ma connaissance estimée ou mesurée. Elle est pourtant tout simplement considérable.

Internet contribue fortement à notre culture générale. La diffusion de la musique, de films, de livres, de débats, d'émissions de radio ou de télé téléchargeables, même des textes de chansons était complètement libre il y a encore deux ou trois ans.

Internet a généré le web 2.0, c'est à dire le web co-produit, ouvert à tous, où vous, moi pouvons non seulement accéder à des contenus mais aussi en produire. A l'image de l'encyclopédie Wikipedia, les blogs, les wikis, les réseaux sociaux et maintenant twitter poursuivent le développement de la toile.

Progressivement, les lois EDVIGE, HADOPI et LOPSSI ont eu pour effet de réduire ou de limiter ces diffusions, de contrôler les échanges entre internautes, d'interdire ou de censurer.

Pour endormir mes enfants, je leur chante des chansons. Oh, des classiques hein! "Le bon roi Dagobert" par exemple ou "Une chanson douce". J'allais chercher les paroles de ces chansons sur un site : paroles.net. Il y a quelques mois, j'y retourne pour chercher "Je préfère manger à la cantine" de Carlos. Et regardez sur quoi je tombe :


paroles.net.jpg

Les droits d'auteur pour le roi Dagobert, Carlos ou Henri Salvador?... Les majors du disque nous prennent vraiment pour des cons! Et l'homme des cavernes qui a inventé le premier tam-tam, on lui doit aussi des droits d'auteur?
On pourrait pas s'y prendre mieux pour couper aux gens tout moyen de s'instruire. Je peux pas chanter Le roi Dagobert à mes enfants?! Mais que veulent les députés, les sénateurs avec leurs lois ?!
Ca me débecte!


Un documentaire médiocre et uniquement a charge a été diffusé par ARTE début février. Il tend à prouver qu'INternet est un espace pollué par une poignée d'imposteurs qui détourne les gens de la vraie information, sous-entendue celle des journaux.
Les élus, notament parlementaires, sont peu ou prou dans cette vision qu'ils partagent objectivement avec les journalistes. Les élus ont peur des libertés laissées à la population. les journalistes craignent la concurence. Il est vrai que le temps passé devant la télévision baisse depuis 3 ans au profit... d'Internet justement.

Benoît RAPHAEL, un blogueur confirmé a publié un bon billet au sujet de cette émission d'ARTE et d'Internet d'une façon plus générale. Voici la conclusion de son billet :

"
De cette poubelle émergent des opinions qui dérangent, des vidéos que l'on aurait préférées laisser sous le sceau du "off", des infos qui ne passent jamais au 20h, des remises en question des médias traditionnels qui, pendant longtemps, ont vécu dans le confort du surveillant jamais surveillé...

Evidemment, tous ces nouveaux contenus ne sont pas de qualité. Certains sont mêmes illégaux. Mais ils n'échappent pas ni à la loi, ni à la vigilance des communautés sur Internet, qui savent aussi s'organiser pour débusquer les fausses informations.

Surtout: toutes ces masses d'"effroyables" amateurs qui se passent des infos, les commentent, les éclairent, les détournent, échappent non seulement au filtre des médias et des politiques, mais ils remettent également en cause modèle économique. Crime ultime !

C'est le nerf de la guerre de la loi Hadopi, poussée par des lobbies du disque en mal d'esprit d'entreprise: on préfère aller contre les usages pour punir et contrôler. Aberration économique.

C'est l'argument massue de la prochaine loi Loppsi2: on exploite la peur du pédophile ou du nazi pour justifier un contrôle d'Internet.

Oui, il y a n'importe quoi sur le Net.
Oui, il y a de très belles choses aussi.
Oui, il y a des contenus et des auteurs devenus aujourd'hui indispensables.
Et cet indispensable n'aurait jamais émergé dans cet environnement contrôlé a priori par les médias traditionnels.

Les journalistes seraient plus inspirés de trouver leur place dans ce nouvel écosystème plutôt que de faire perdre l'argent à la télévision publique à tenter de démontrer avec des ficelles aussi grosses que des gazoducs que le web est dangereux.
Ils devraient la jouer "Journalistes+amateurs" plutôt que "journalistes contre amateurs".
Se battre contre l'effroyable amateur en brandissant le sceau divin de sa carte de presse, ce n'est pas à l'honneur d'une profession qui, au fil du temps, a toujours sur prouver qu'elle était capable de s'adapter au bouleversement permanent du monde et des usages.

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